Les affres du sport business

Publié le par L'A.M.S

Sport et business sont aujourd’hui intimement liés. On parle même souvent plus de business et d’argent que de sport (malheureusement). Pour se développer et faire connaître leur sport (objectif légitime), les fédérations sportives ont eu largement recours au sponsoring. Mais depuis quelques années, ce qui prend une dimension incroyable, c’est la vente des droits de retransmission télévisée pour des sports rois en leurs pays tels que le football en France, l’athlétisme, le football américain ou le basket-ball aux Etats-Unis ou encore le ski en Autriche.

Une des dernières folies concernant des droits télévisés sportifs dans l’hexagone est l’œuvre de TF1 qui, inquiétée par une rumeur selon laquelle M6 aurait envisagé d’acheter avant elle les droits de la Coupe du Monde 2002 et une partie de l’édition 2006 en Allemagne, a signé à la hâte un gros (énorme) chèque de 168 millions d’euros, somme bien trop élevée selon nombre d’observateurs. Rappel : les droits de retransmission pour la Coupe du Monde 1998 s’élevaient à 15,4 millions d’euros. Mais, victoire oblige, la valeur des droits a été largement revue à la hausse…

Même si cette somme est énorme, elle est malgré tout « ridicule » en comparaison de ce que dépensent les chaînes américaines. En effet, à l’occasion des Jeux Olympiques de Sydney, NBC a déboursé la coquette somme de 1332 millions de dollars, puis 738 pour ceux de Salt Lake City. Pour Athènes, l’addition fût de 1498 millions de dollars, pour Turin de 832 et pour Pékin de 1715 millions de dollars…Et les enchères ne sont pas terminées…Pour les Jeux de 2010 et 2012, on parle de 2 milliards de dollars…

 

 

Avec de telles sommes en jeu, la pilule de l’élimination précoce de l’équipe de France en 2002 a été plutôt dure à avaler, en témoigne le cours de l’action de TF1 : après un plus haut dans l’année atteint début avril à 36,25€, le cours a très rapidement chuté à 19,91€ en août. Une chute libre qu’auraient apprécié les amateurs de saut à l’élastique (hormis le fait que dans le cas présent, l’élastique n’a pas joué son rôle étant donné que le cours de l’action n’est remonté qu’à 26,01€ hier, le 10 mars 2006)…

En signant ce chèque, TF1 a donc omis une des principales caractéristiques du sport : son imprévisibilité.

Mais la chaîne française n’est pas la seule à faire des erreurs : NBC n’avait vraisemblablement pas pensé au décalage horaire ou en avait sous-estimé les effets, d’où des audiences inférieures aux attentes pour les récentes Olympiades. 

 

 

 L’argent : une nécessité ?

Malgré cela, l’argent semble être une nécessité pour les clubs, fédérations et autres ligues ayant des ambitions. En effet, on n'a jusqu’ici jamais vu un club sans budget remporter la ligue des champions. Les clubs qui écrasent leurs championnats respectifs en Europe sont tous parmi les plus riches de leurs ligues. Le FC Barcelone, Chelsea ou L’Olympique Lyonnais sont tous trois des entreprises aux budgets conséquents contre lesquelles il est difficile de lutter quand on ne possède pas un budget équivalent. L’argent permet à ces organisations d’avoir des installations (stade, centre de formation,…), des actions (communication,…), du personnel, etc... à la hauteur de leurs ambitions.

Mais si l’argent est nécessaire à la réussite du sport, pourquoi assiste-t-on a tant d’échecs ou de contre performances de la part d’organisations pourtant riches ou aisées. Le PSG, le Real Madrid ou encore Manchester United sont des exemples de ces contre performances. Il est vrai, comme je l’ai moi-même dit plus tôt, que le sport est imprévisible et qu’il est impossible pour une organisation d’être toujours la meilleure. En revanche, quand on est en présence des budgets que possèdent ces organisations, on est en droit d’attendre de meilleurs résultats. De plus, et les J.O. de Turin nous l’on encore prouvé avec le biathlon français, il vaut mieux avoir peu de moyens bien employés que beaucoup mal dépensés.

 

La raison de tout cela est-elle que, arrivé à un certain point, l’argent perverti le sport ? Je le pense oui. Faire cohabiter sport et millions d’euros en « harmonie » suppose une organisation particulièrement efficace et surtout un état d’esprit sain : le sport passe avant le reste, l’argent n’est qu’un facilitateur, un « à côté », une contrepartie. L’argent est nécessaire mais il ne doit jamais passer avant le sport. Quand un Ronaldo malade est « fortement incité » par son équipementier à participer à la finale de la Coupe du Monde 1998 malgré son état, on peut légitiment penser que « quelque chose cloche ».

 

 

Un exemple à suivre  

Il semble qu’à l’heure actuelle un sport médiatique véhicule cet état d’esprit sain en France : le rugby. Les clubs et la fédération française de rugby sont loin d’avoir les mêmes budgets que le football. Et pourtant, force est de constater que les résultats sportifs et extra sportifs sont là : sportivement, le Stade Toulousain a été plusieurs fois champion d’Europe et extra sportivement, ce sport transmet des valeurs de fête et de respect, notamment au niveau des supporters (contrairement au football). C’est le cas également dans nombre d’autres sports beaucoup moins médiatisés et qui par conséquent ont beaucoup moins d’argent.

 

 

Conclusion

 

En conclusion, je répète ce qu j’ai déjà formulé plus tôt : le sport doit prévaloir sur l’argent. Ce dernier ne doit figurer qu’au second plan pour laisser la place libre à ce pour quoi les spectateurs viennent et s’enthousiasment : le sport et les athlètes. Mais loin de rejeter la cohabitation du sport et de l’argent, je suis tout à fait d’accord avec ce que disait Coluche car je pense que cela s'applique aussi au milieu sportif : « L’argent ne fait pas le bonheur mais ça aide quand même ».

Publié dans Sport & Finance

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